Autres pipes


Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 23:03

La facilité d'accès au marché d'occasion grâce aux sites d'enchères en ligne a amené nombre d'amateurs de pipes aux joies de la restauration. Cette même facilité a conduit certains pipiers professionnels à consacrer davantage de temps à la retape.

Ces derniers possèdent le matériel adapté pour des interventions que l'amateur n'est pas toujours capable de réaliser dans de bonnes conditions, ou celles qui demandent un savoir faire au delà de la portée du bon bricoleur.  Ainsi, par exemple, tailler à la main un nouveau tuyau, élargir son perçage ou celui de la tige, baguer une pipe sont autant d'interventions qui demandent une main sure et sont autrement plus délicates que de courber un tuyau ou nettoyer un fourneau à l'alcool et au sel.

Riches de ce savoir faire, certains pipiers abusent.

La question de savoir jusqu'où peut aller une restauration pourrait être résolue en théorie assez facilement : il suffit d'informer exhaustivement l'acheteur (ou le commanditaire) des interventions pratiquées sur la pipe restaurée. Il n'en va pas toujours ainsi. Ce qui va suivre est le témoignage d'un abus qui, s'il ne porte pas vraiment à conséquence étant donné le peu de valeur de la pipe trafiquée, pèse néanmoins sur la confiance qu'on peu accorder au protagoniste.

Premier épisode : Ron Faeber, un vendeur bien connu sous le nom d'eStore4 (ebay USA) propose une pipe de la marque Marxman qu'on peut contempler sous tous les angles et en gros plan ici. Rien à dire : son travail de restauration s'est sagement limité à des aspects cosmétiques et hygiéniques. La pipe est achetée.

Deuxième épisode : Quelques mois ont passé, quand la pipes refait surface. Elle est proposée aux enchères par le vendeur twestpipe qui n'est autre que Tim West, connu pour la fabrication de pipes aux USA. Pour vous convaincre qu'il s'agit bien de la même pipe, il suffit de sélectionner quelques détails de la pipe et comparer les photos des deux vendeurs.

A gauche la photo d'eStore4, à droite celle de twestpipe

Et quand on contemple la pipe par l'autre face, cela donne ceci :

Trouvez la différence ! Il n'y a qu'une.

Pour une raison très mystérieuse le Tim West s'est benoitement appliqué à extirper la pastille d'origine pour la remplacer par un rond de bruyère qu'il estime d'un meilleur effet. Tel le "Jacky" qui customise sa voiture a gros renforts de jantes ou d'aileron stabilisateur, il semblerait qu'on puisse maintenant adapter une pipe Dunhill en choisissant dans un nuancier la couleur du fameux point en lieu et place de la pâleur blafarde originelle. Quel progrès !

Non content de cette chirurgie plastique très douteuse, notre réparateur ajoute dans son annonce :

The original stem is made from US stem maker American Tire & Rubber Vulcanite

Trad. : Le tuyau original provient du fabricant de tuyau American Tire & Rubber Vulcanite.

Gonflé non ?

N'allez pas croire que l'homme en reste là : pour finir, il ajoute dans toutes ses annonces que ses pipes ont été systématiquement repercées. Que l'élargissement des diamètres puisse être avantageux dans quelques cas est parfaitement concevable. Mais pourquoi en faire une habitude névrotique, voire une doctrine ?

Attention : un gars qui est capable de telles frasques sur une pipe de bas de gamme est sans nul doute prêt à redoubler de fantaisie sur une pipe de valeur.

 


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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 17:27

Les publicitaires, tous ceux qui décident et conçoivent affiches, clips, prospectus ou annonces, nous entubent.

Ils ont fait d'énormes progrès dans l'art de nous hypnotiser en jouant aujourd'hui avec tous les raffinements de la psychologie comportementale. Leurs pères ne disposaient pas de cette large et perverse panoplie d'outils à perfuser les cerveaux. Au milieu du XXème siècle on jouait beaucoup plus simplement avec la crédulité ou l'ignorance des honnêtes gens. C'est primitif mais ça marchait bien. A preuve cette affichette publicitaire destinée à promouvoir la pipe Jeantet.

Publicité tirée d'un magazine de 1948 (format  15 x 11 cm)

Le concept : associer la pipe Jeantet (véritable Bruyère) et des fleurs.

L'idée : la fleur sera celle de la Bruyère (c'est d'une logique affligeante de simplicité).

L'hypothèse : les gens sont cons et incultes.

Le choix : on mettra en scène la fleur de Bruyère que tout le monde connait : la Bruyère des landes, joliment mauve, celle qui est dans son pot sur le bacon en automne.

Bruyère callune (Calluna vulgaris Hull.)
aussi appelée Bruyère d'Europe

Et voilà, le tour est joué. Tout le monde reconnait les fleurs de bruyère dans cette pub, laquelle Bruyère est constitutive de la pipe qui se glisse entre les rameaux. L'amalgame est réussi et tout baigne.

Vous n'allez tout de même pas croire que le français moyen se pose la question de la manière à réaliser une pipe dans une plante qui pousse dans un pot, qui culmine au plus à 50cm du sol et dont les rameaux ont au mieux l'épaisseur d'un gros pouce. Ces veaux(1) ne sont pas du genre à se creuser les méninges sur quelque subtilité botanique. D'ailleurs toutes ces choses là c'est du latin, c'est bien trop rebutant.

En tant que veau fumeur de pipe, je me dois donc de souligner la différence entre Calluna vulgaris et Erica arborea. Cette derniere espèce se nomme également Bruyère et c'est l'arbuste méditerranéen dont on fait des pipes.

Ses fleurs sont superbes, non ?

(1) «Les Français sont des veaux» (Charles de Gaulle)

Biologie végétale : quelques autres articles de ce site citant des espèces d'arbres

Amourette (Snakewood)   Piratinera guianensis Aubl.   Amourette
Buis
(Boxwood)
  Buxus   Golden Contrast
Chêne
(Oak)
  Quercus robur   Non renouvelable
Cornouiller mâle
(Dogwood)
  Cornus mas   Cornouiller et Myrte
Palmier à sucre
(Toddy Palm)
  Borassus flabellifer   David Enrique

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Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /Sep /2009 18:11

Il s'agit d'une pipe qui brille par sa banalité. A priori rien ne retient l'oeil . Une forme courbe sans recherche particulière, une tête de contenance moyenne, une teinte plutôt sombre qui ne permet de ne distinguer aucune particularité du grain dans le bois.

Comme pour souligner son insignifiance, le marquage sur la tige se contente d'une estampille aussi anonyme que lapidaire : "3 Italy".

Et pourtant... Au moment où ces lignes sont publiées, cette pipe témoigne d'une controverse qui fait l'objet d'un recours à la Cour de justice des Communautés européennes.

Non contente d'incarner un procès international elle nous renvoie aussi au luxe et au goût de l'aventure (1) de la première moitié du XXème siècle, à des personnages de cette époque aussi importants qu'Agatha Christie, René Lalique, Mata-Hari, Guillaume Apollinaire, Marlène Dietrich, Serge Diaghilev, Jean Gabin, Graham Greene. Tous ces noms surgissent du bruit des roues sur les rails et les halètements de la locomotive de l'Orient Express.

Le trait d'union entre notre pipe et le train mythique se cache dans le logo du médaillon qui orne son tuyau.

NIOE : "Nostalgie Istanbul Orient Express"

Attention : ne confondons pas le "Nostalgie Istanbul Orient Express" (NIOE) avec le "Venice Simplon Orient Express" (VSOE). Tout l'objet du litige est là. Le second accuse le premier d'usurper l'appellation "Orient Express" et quand on compare les blasons qui représentent les deux trains, il faut bien avouer que la ressemblance est propre à la confusion.

A gauche les armes du NIOE, à droite celles du VSOE

Cliquer pour agrandir

La NIOE est née des efforts d'une entreprise Suisse (Intraflug AG ) à acquérir et restaurer dans leur état de l'époque les voitures de l'Orient Express originel. Le NIOE a commencé à circuler en 1979. En 1993 la Reisebüro Mittelthurgau repris l'affaire en complétant le train de voitures prestigieuses (2). Enfin en 2001 c'est la Transeurop Eisenbahn AG (Bâle) qui reprit l'affaire jusqu'a l'arrêt provisoire du train en 2008 (3) suite au procès intenté conjointement par la VSOE et la SNCF à la NIOE.

Le VSOE est né de la collaboration de James B. Sherwood (société Orient Express Hotels, Trains & Cruises) avec la British Pullman Company qui ont eux aussi retapé d'anciennes voitures de la Compagnie Internationale des Wagons Lits (CIWL). Le premier voyage du VSOE a eu lieu en 1982 et relie encore aujourd'hui Londres à Venise Via Paris et le tunnel du Simplon. Il pousse une fois par an son excursion jusqu'a Istambul. Visitez en 3D une cabine pour couple . Paris-Budapest-Bucharest-Istanbul en 6 jours : 6580 € (prix pour une personne, en cabine couple, aller simple). Glurps!

Puisque nous parlons bois dans ces colonnes, un coup d'oeil sur les marqueteries qui ornent la voiture restaurant du VSOE n'est pas sans intérêt.

Le fumeur de pipe dont la fortune personnelle lui laisserait envisager une escapade à Venise en charmante compagnie, doit savoir que la consommation de tabac est interdit à bord du VSOE.

Le seul et véritable Orient Express (4) est celui dans lequel vous pouviez contempler dans les années 20 les paysages des Balkans à 60 km/h en tirant sur votre Dunhill favorite.

(1)
1929 : L'Orient-Express fut bloqué par la neige en Turquie : les passagers durent chasser et manger des loups pour survivre. Le train aura cinq jours de retard : un record dans l'histoire du rail.
1892 : Le train est mis en quarantaine à cause d'une épidémie de choléra survenue à bord.
1891 : Le train est attaqué par des pillards. Butin de l'opéraiton 120.000 £ (incluant une rançon pour 5 otages).

(2) Actuellement le parc comprend 32 voitures d'époque de la Compagnie Internationale des Wagons Lits (CIWL). 13 voitures ont été adaptées à l'écartement des rails en Russie et circulaient jusqu'en octobre 2007 sur ce réseau. Voir les 7 premières voitures, les 6 suivantes et la locomotive + tandem

(3) les voitures sont actuellement entreposées dans un lieu non accessible du public.

(4) L’invasion de la France par Hitler met fin au service régulier de la ligne Londres-Istanbul. Après la Seconde Guerre mondiale, l’univers magique de l’Orient-Express s’effondre et les wagons sont éparpillés à travers l’Europe.


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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /Juin /2009 15:09

Il n'est pas si rare de voir des artisans, désireux d'attribuer à leurs pipes une plus value, incruster dans le bois de Bruyère des pierres précieuses, semi-précieuses ou, plus simplement, des cailloux du Rhin. On serait alors en droit de se demander s'il est vraiment raisonnable de consteller un bois bien choisi de tels ajouts au risque de la surcharge. Les motifs de notre essence méditerranéenne sont dejà en soi une source d'admiration sans arrêt renouvelée et les paysages délicats dessinés par ses fibres sont bien suffisants pour nous enchanter. Cette pratique me semble donc difficilement compréhensible.

Il est cependant quelques cas pour les quels le recours aux pierreries sur les pipes en bois est parfaitement excusable. Lorsque la gemme fait sens, qu'elle s'intègre au point de se fondre dans l'objet, quand elle est là pour nous apporter une information plutôt qu'augmenter artificiellement la valeur marchande de la pipe, alors je veux bien jeter un oeil bienveillant sur ces pipes "enrichies".

 
   

Parmi les nombreuses candidates du monde minéral susceptibles d'orner une pipe, il y en a une pour qui j'ai un faible particulier : le rubis.

Sans doute est ce parce que sa couleur chaleureuse se marie à la perfection avec celle de la Bruyère. Sans compter que la pierre des Maharajas sait se faire bien plus discrète que le diamant qui inonde par ses éclats et fait pâlir tout ce qui le côtoie. Pour tout dire, le rubis est une des rares pierres précieuses qui ne met pas la beauté du bois au second rang, à condition, bien sur, d'en faire un usage pertinent.

Les trois exemples qui vont suivre n'ont d'autre ambition que de donner un aperçu de la juxtaposition du rubis et de la Bruyère. Les deux premières démarches (Dunhill et Amorelli) se ressemblent et associent le travail d'orfèvre à celui du pipier alors que le troisième rubis (Ser Jacopo) entre plus modestement dans une approche de l'ordre de la signalétique.

Rubis # 1 : Dunhill

L'oeil rouge du serpent (1) d'argent accentue son coté maléfique

Dans la finition "Dress" des pipes Dunhill, les motifs du bois ne sont plus visibles et la concurrence entre la beauté du bois et celle du rubis n'est plus de mise.

Voir les détails de cette pipe Dunhill ici.

Rubis # 2 : Amorelli. (L'oeil de l'Inca)

Le rubis est incrusté sur un masque de rapace en or qui couvre partiellement un visage humain. Là encore le rubis tient la place de l'oeil et il est accompagné de sept diamants disséminés un peu au hasard des plumes du volatile. On ne perdra pas de vue que Salvatore Amorelli possède une formation d'orfèvre. Cela peut expliquer cette propension à en remettre une couche.

Voir les détails de la pipe Amorelli ici.

Rubis # 3 : Ser Jacopo. (Della Gemma)

Dans ce cas il ne s'agit plus de souligner une décoration de la pipe mais de désigner une série bien spécifique à la marque, les pipes "Dalla Gemma". Emeraude, Grenat, Saphir et Rubis enchâssés sur le tuyau dans un chaton en or caractérisent cette ligne de pipe haut de gamme du pipier transalpin.

Voir les détails de la pipe Ser Jacopo ici.

En somme, les trois pipes dans ce billet s'en sortent plutôt bien. Leurs artisans ont su éviter (pour ces modèles, du moins) les pièges de l'association de deux matériaux nobles : les laisser se confronter mutuellement ou laisser l'un servir de faire-valoir à l'autre. Mais cela n'a pas toujours été le cas chez ... Amorelli.

(1) Apres le serpent en 2005, Dunhill a réalisé sur le même principe des yeux de rubis des pipes ornées d'un dragon (2006) et plus recemment d'un tigre.


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