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Mardi 18 septembre 2007
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Série : Pipes à insert

Dans le genre "grains de beauté" délectez-vous ici d'une autre facétie de Tonni Nielsen. Décidément, on pourrait penser qu'il a jeté son dévolu sur ses modèles de pipe à insert pour expérimenter différents types de rapiéçages. Celle-ci, qui est dans le plus pur style Calabash, lui donne une fois de plus prétexte à combler un accident de texture.

Vue d'ensemble de la pipe à insert de forme Calabash

On peut se rendre compte dans l'article "Rustine" de la manière dont il s'y prend en ayant recours à une fine cheville en bois de Bruyère. Mais cette fois-ci l'imperfection ne se trouve plus dans le corps de la pipe, mais dans une zone on ne peut plus exposée aux regards.

La pipe démontée

Vous l'avez repéré du premier coup d'oeil : le patch se trouve sur le bord supérieur de l'insert lui-même.

Gros plan sur le dessus de l'insert montrant la rapieçage d'ivoire

Nielsen joue la provocation. Il décide d'incruster un morceau d'ivoire à l'endroit défaillant. Quand je vous disais qu'il ne cache pas ses rustines....

Passe pour l'ivoire, mais cette forme qui s'adapte sans doute exactement à la lacune, est particulièrement banale : c'est un triangle quelconque qui n'a jamais aussi bien mérité son nom. Et j'ose espérer que ce pipier de renom n'a pas pensé un seul instant que son clin d'oeil pourrait trouver l'assentiment du fumeur sous prétexte d'utiliser une matière précieuse. Son ivoire présenté ainsi, ressemble bel et bien à du plâtre. Cela n'a ni queue ni tête, vous en conviendrez. Quitte à exhiber ostensiblement l'imperfection, il y avait sûrement mieux à faire.

Etant donné ses origines nordiques, n'aurait-il pas eu, là, l'occasion d'insérer quelque rune mystérieuse ? Il y avait l'opportunité de mettre en scène cette superbe écriture à l'instar des Vikings, ses ancêtres, qui marquaient ainsi leurs armes d'incantations magiques.

As t il oublié Angurva, l'épée de Frithjof ? As t il oublié Wayland, le forgeron d'Odin ?

Même si ma suggestion peut être discutable d'un point de vue purement pipologique (1), avouez tout de même qu'elle aurait souligné la spécificité de cet artisan de manière bien plus élégante que ne le fait ce confetti insignifiant.

Décidément voilà bien une idée originale qui n'a pas été poussée assez loin. Pour ma part je trouve le résultat assez décevant alors qu'il en fallait si peu pour réussir un beau coup.

Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(Drakkar)
(Une étoile)
Handcrafted by Tonni Nielsen
  Long : 15,2 cm
Ø int. foyer : 2,0 cm
Poids : 96 g
 
1.270,00 €
(Estate)

 

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(1) Pipologie : Néologisme désignant littéralement la science de la pipe. Le suffixe -logie est utilisé ici abusivement. Il ne peut, par exemple, y avoir de véritable démarche expérimentale dans le domaine si subjectif de la pipe. Dans le cas qui nous interesse le suffixe désignerait plutôt un ensemble de textes supposés faire référence et qui se veulent forts savants. Tout au plus pourrait-on associer la "pipologie" à l'art de la pipe. Cette note s'imposait donc pour souligner la connotation ironique du terme.


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Dimanche 26 août 2007
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Série : Pipes à insert

Encore une pipe à insert de Tonni Nielsen dans cette série des pipes démontables, cela n'est-il pas donner une importance exagérée à ce Viking exilé aux Etats-Unis ? Il faut savoir que cette pipe correspond à la période "classique" du pipier, période qu'il a dépassée aujourd'hui. Une des différences entre un excellent artisan et un artiste est que le second ne se contente pas d'exploiter un "truc", de décliner jusqu'a son épuisement une trouvaille, mais de chercher et d'innover sans arrêt. Dans un autre article de ce chapitre j'ai montré comment Tonni Nilesen fait usage d'essences végétales jamais vues sur une pipe. Dans cet article je tenterai de montrer comment son imagination et sa représentation de ce que devrait être un pipe, est à l'oeuvre.

Vue globale de la pipe à insert

Détail gauche et droit de la tête

Rassurez-vous, je ne m'étendrai pas plus que cela sur le talon qui fait de cette pipe à insert la seule pipe de ce type possédant l'appendice. Cette petite excroissance qui était jadis l'apanage des pipes en terre, donnait au fumeur une prise pour lui éviter de se brûler les doigts. Dans le cas d'une pipe à insert dont l'enveloppe extérieure reste relativement tiède, l'utilité de cet accessoire est anecdotique. Mais il est indéniable qu'ici ce talon accroche le regard et cela d'autant plus que le pipier l'a placé exactement à la convergence des veines dans la Bruyère. Un nombril.

En y regardant de plus près, on s'aperçoit d'autres éléments tout à fait remarquables. Le tuyau, par exemple, semble être en ambre.

Tuyau en ambre reconstitué

En fait, il s'agit d'une matière reconstituée à base de poudre d'ambre et d'un polymère acrylique, fondus ensemble et refroidi sous forme de blocs. Ce bloc est ensuite taillé à la main pour obtenir un tuyau qui mesure ici 16 cm. Il faut savoir que cette matière est relativement difficile à travailler, et arriver à une telle dimension est une véritable prouesse.

Mais vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Jetez un oeil sur l'insert. Avez vous noté le détail qui tue ?

Vue détaillée de l'insert

Non, il ne s'agit pas du drôle de petit téton qui marque le perçage. La chose est bien plus exceptionnelle : il n'y a pas de joint d'étanchéité entre l'insert et le corps de la pipe, pas de liège, pas de joint torique. Tout juste un profil en escalier qui optimise les zones de contact. Inutile de dire que cela demande un travail d'une rare précision.

Je vous ai réservé le meilleur pour la fin : le rapiéçage !

la rustine

Lorsqu'on entreprend de réaliser une pipe dans un ébauchon on ne peut savoir ce qui se cache dans la masse du bois. La racine de Bruyère (le broussin) est une matière hétérogène qui peut cacher des inclusions de sable, des poches d'air, des fissures ou des imperfections que le pipier découvre parfois au dernier moment, pour son grand malheur. Je décris dans l'article intitulé "Autodafé" ce qui peut se passer dans ces cas là. Ce qu'a fait Tonni Nielsen n'y est pas reporté. Le recours au "patch" témoigne à la fois de son pragmatisme et d'une posture peu banale en comparaison d'une recherche hystérique de la perfection chez les altigradistes (1).

En ce qui me concerne j'ai toujours estimé qu'une petite imperfection n'est pas rédhibitoire. Tant que sa taille et sa position ne nuisent pas aux qualités de fumage de la pipe j'accepte volontiers ces caprices de dame nature. Il en est des pipes comme des êtres humains. Quoi de plus ennuyeux qu'une Vénus parfaite, quoi de plus troublant qu'un grain de beauté sur une paire de fesse ?

Notez bien que la rustine est disposée de manière à être vue. Notre artiste aurait pu choisir un morceau de bois qui se confonde au mieux avec le grain du fourneau, il aurait pu l'orienter selon le mouvement général du veinage. Rien de tout cela. Il décale la retouche pour la mettre en valeur.

Inutile de préciser que ce patch est en surface et qu'en aucun cas la pièce ne traverse l'épaisseur de la paroi. Dernière remarque, enfin. Cette pratique aurait été bien plus délicate sur une pipe conventionnelle dont le bois du foyer est en contact direct avec la source de chaleur. Ici, le corps de la pipe n'est après tout qu'un containeur pour l'insert et il est en cela bien moins soumis aux grandes variations de température.

Vues sur l'avant et l'arrière du fourneau

Gros plan sur l'estampillage au Drakkar

Après ces quelques considération, vous conviendrez que je ne pouvais pas faire l'économie de mentionner une pipe dont la véritable originalité ne réside pas, comme on pourrait le croire de prime abord, dans un insert ou dans son talon mais bel et bien dans des recoins très discrets.

Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(Drakkar)
(Une étoile)
Handcrafted by Tonni Nielsen
 

Long : 24,3 cm
Ø int. foyer : 2,2 cm
Haut fourneau : 7,6 cm
Poids : 125 g

 
389,00 €
(Estate)

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(1) Altigradistes : néologisme désignant une classe de fumeurs de pipe qui portent leur intérêt essentiellement sur les pipes hight grade (haut de gamme), faites entièrement à la main dans une Bruyère exceptionnelle.

Autres pipes de Tonni Nielsen sur ce site :
Cornouiller et Myrte
Le beau Viking


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Lundi 16 juillet 2007
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Feuilleton : Dot story

Pipephil : Bonjour Yvon. Tu es l'heureux propriétaire d'une pipe unique au monde. Elle vient des ateliers la maison Blatter (Montréal Canada). Peux-tu nous dire ce qui lui confère ce caractère exceptionnel ?

Yvon : C'est la seule et unique 3 points à ce jour.(1)  Et elle a une histoire, et moi avec elle, comme tu peux l'imaginer.

Pipephil : Raconte nous cette histoire.

Trois points rouges disposés en triangle sur le tuyau de la pipe Blatter

Vue globale de l'unique pipe blatter à trois points

Yvon : Il faut savoir d'abord que j'ai été très près des Blatter pendant plusieurs années, surtout du temps de mes études.  En 1993, je terminais mon premier cycle universitaire et j'avais décidé de fêter l'événement en m'achetant une belle pipe.  (Remarque qu'à l'époque j'achetais des tonnes de pipes même lorsqu'il n'y avait aucun événement à célébrer...)
C'est moi qui ai demandé à Robert (Blatter) de me faire une belle pipe.  Je lui avais demandé «Une belle droite - tu vois, genre grosse Dublin...»
Il a commencé à travailler sur quelques ébauchons (il y en a toujours 5 ou 6 de commencées en même temps), mais au fur et à mesure que le travail avançait, il ne cessait plus de dire comment elle allait être belle, qu'il avait rarement vu un bois comme ça, etc.
Alors qu'elle était presque terminée, la mauvaise nouvelle est tombée: «Écoute, me dit-il, je peux pas te vendre ça dans la fourchette de prix à laquelle tu t'attends.  Ça n'a pas de sens.  Je n'ai jamais travaillé un bloc comme ça et je vais plutôt la garder en souvenir.  Je vais t'en faire une autre.»
Et c'est là qu'il me la montre, et que j'aperçois qu'il avait mis trois points dessus...!  C'est important, car il faut bien comprendre que les 3 points, ça n'était pas un pari de types saouls ou une demande folklorique de ma part.

Pipephil : Tu veux dire que Robert Blatter a pris, ce jour là, une initiative qu'il n'a plus jamais renouvelée depuis ?

Yvon : Oui

Pipephil : C'était mal parti pour toi ! Tu as donc réussi à le convaincre de la vendre ?

Yvon : Il m'a fallu insister - beaucoup - pour qu'il me la vende.  Ensuite, il a fallu s'obstiner pour le prix, car il me l'offrait à un prix trop bas... Eh oui, 'sont comme ça les Blatter!
Bref, j'ai su me montrer convaincant.

Pipephil : Si le logo sur le tuyau est extraordinaire, le marquage sur le bois de cette pipe doit sans doute être, lui aussi, exceptionnel ?

Yvon : Pour ce qui est des inscriptions, d'un côté elle a l'habituel «Blatter Montréal Sélect» qui identifie les fait main, et de l'autre la signature «Robert Blatter».  Elle porte également (en-dessous) son numéro «128-93».
Mais elle porte aussi ce que j'ai demandé à Robert d'y graver: «B.A. PHILO 93»

Estampillage coté gauche

Pipephil : Et comment se porte-t-elle aujourd'hui ?

Yvon : Elle est bien à moi; elle est bien fumée et elle n'est pas à vendre... o)
Qui plus est, si tu vas chez Blatter un jour, tu pourras en voir la magnifique photo qui est en évidence sur un mur.  Les Blatter en parlent souvent et tous les bons clients la connaissent pour en avoir entendu parler. 
C'est très amusant parce que c'est devenu une espèce de légende...

Pipephil : Merci, Yvon.

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Les photos qui illustrent cet article ont été gracieusement mises à disposition par Yvon dont on peut visiter l'excellent site ici .

(1) Les pipes Blatter sont marquées de un ou deux points sur leur tuyau, selon leur qualité. Voir ici (Pipes : Logos & estampillages).

 


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Lundi 11 juin 2007
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Feuilleton : Des pipes et des jambes

 
   

C'est de notoriété publique : une jambe habillée d'un bas est bien plus affriolante qu'une jambe nue. Je veux parler de cet accessoire vestimentaire au féminin qui provoque à l'endroit précis où il s'arrête, vers le haut de la cuisse, une zone particulièrement troublante.

La transition du nylon rêche et froid vers une peau lisse et fine est, croyez moi, le lieu de toutes les émotions. Il n'y a assurément pas de moyen plus puissant que cette divine juxtaposition pour éveiller le plus placide des hommes, pour faire grimper au plafond même un moine.

Vue globale de la pipe

Mais l'a-t-on compris du coté de ces Dames ? Rares sont les fois où, dans le secret de l'alcôve, on tombe nez à nez avec une cuisse ainsi mise en valeur. Nous autres, hommes du 21ième siècle, nous n'avons plus droit qu'aux collants l'hiver et à la banalité d'une peau entièrement nue en été.

Détails : à gauche la jaretière et le fourneau, à droite la botine.

Un pipier dont j'ignore l'identité a parfaitement utilisé le charme qui peut se dégager de la frontière entre plaines vêtues et vallons dénudés. Il s'est donné la peine d'habiller le tuyau de la pipe d'une fine dentelle.

Ce connaisseur n'a pas oublié la fameuse jarretière, partie hautement stratégique qui signale les confins à ne franchir que sous condition pour arriver à la culotte (1) (si elle existe...). Un homme subtil, assurément, qui a su transposer ses expériences érotiques à la réalisation d'une pipe hors du commun.

Pipe démontée

Ces images précieuses, nous les devons au pipier Danois Søren Andersen . Il fut propriétaire de cette pipe avant de l'offrir à un de ces bons clients. Il a eu la sagesse d'en garder des photos et c'est grâce à Guillaume - animateur infatigable du forum Fumeurs de Pipes qui a bien voulu me mettre en relation avec ce pipier sympathique - que je peux vous offrir le spectacle rarissime de cette pipe-jambe.

La jarretière, le rendu du bas (moulage) et surtout la bottine à lacets me font croire que cette pipe devrait dater des toutes premières années du 20ième siècle, une époque où on savait vivre.

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(1) Culotte : se dit de la croute carbonée qui se forme à l'intérieur du fourneau de la pipe

(expr : "cullotage d'une pipe")


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