Autres pipes


Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 19:44

Messageries Lafitte et Caillard XIXe siècle : La malle poste Rouen-Le Havre

Dans un vacarme assourdissant, la malle-poste vient de s'arrêter sous les tilleuls de la grande place. Les flancs et les encolures des cinq percherons qui ont mené au grand galop l'étape d'une dizaine de kilomètres sont blanchis par la transpiration. Alors que les portes du coupé et de la berline s'ouvrent laissant s'égrainer les passagers, l'homme assis sur le timonier de gauche (le premier cheval à gauche) saisi fièrement l'instrument qu'il porte en bandoulière et, comme il est de coutume pour tout postillon, il annonce par quatre notes bien balancées l'arrivée de l'équipage au bourg. Tout en dégageant ses jambes des énormes bottes fixées au harnais, il se tourne vers l'auberge du relais et lance à la cantonade "ma pinte de bière, Madeleine !".

 

Le cor de postillon a disparu avec le métier, laissant aujourd'hui les cors de chasse, d'harmonie ou des Alpes comme dignes représentants d'une famille vieille de milliers d'années.

Mais il vit encore à travers les emblèmes postaux de nombreux pays européens.


Reinhard Sebastian Zimmermann, Badischer Postillon

Même si les postillons avaient la réputation de grands buveurs rustauds et d'ardents pétuneurs, les pipes du même nom ne sont pas précisément celles qu'ils fumaient. Les pipes postillon doivent leur nom à leur forme et, pour celles qui illustrent cet article, il s'agit plus précisément de la forme du tuyau.

Notez qu'il existe deux écoles quant à la position de la boucle.

L'objectif est ici d'allonger le parcours de la fumée sans augmenter l'encombrement de la pipe. On arrive ainsi à des trajets équivalents à ceux des pipes Churchwarden (pipes de lecture). On aura compris que le nom de ces pipes leur a été conféré a posteriori et, une fois n'est pas coutume, il est plutôt bien choisi.


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Samedi 26 février 2011 6 26 /02 /Fév /2011 17:10
  Index des sports

Le Cricket partage avec le Baseball des ancêtres communs à chercher sans doute dans le Rounders que les Tudor avaient déjà adopté au 16ème siècle. La pratique de tous ces sports de balle et de batte reste cependant confinée aujourd'hui à la sphère d'influence de la culture anglo-saxonne.

Bien qu'il y ait ici ou là quelques clubs qui perpétuent ces jeux en dehors du Commonwealth, ils n'y ont jamais trouvé un public significatif. Leurs règles restent souvent obscures aux yeux de ceux qui ne relèvent pas de sa gracieuse Majesté. Généralement, les stades sont remplis de spectateurs qui viennent revivre des émotions de leur jeunesse et ceux qui séjournent de ce coté-ci de la Manche ont majoritairement tapé dans une balle avec leurs pieds. Il y a bien des gens qui se promènent dans nos rues avec des battes, mais cela est une autre histoire....

Pour toutes ces raisons, une pipe évoquant le Cricket ne peut être que d'origine britannique.

La confusion avec une pipe Baseball n'est pas possible : la tige de cette pipe montre un profil caractéristique avec son dessus plat et l'élargissement très net après le manche.


Batte de Cricket de face et de profil.

Les balles sont traditionnellement rouges excepté pour le jeu nocturne où on a recours à des balles blanches. Le fourneau en Bruyère respecte donc l'apparence d'une véritable balle de Cricket par ses couleurs et l'implantation de la couture.


La balle de Cricket est en liège recouvert de cuir (diamètre : 7,2 cm)

La présence du célèbre fabricant de pipe britannique (voir flèche ci-dessus) dans ce sport emblématique n'est pas vraiment étonnant. Mais il n'y a pas à ma connaissance de pipe Dunhill qui mette en scène le Cricket. Est-ce pour cette raison que le pipier britannique Colin Fromm s'est engouffré dans la brèche ?

On distingue en effet l'estampille de sa première marque(1) - Invicta - sur la tige qui montre le grain typique du Frêne(2). Ce point est troublant car ce sont les battes de Baseball qui sont faites à l'aide de ce bois. Les battes de Cricket quant à elles sont en Saule, une essence très claire également mais qui ne possède pas les veines régulières visibles sur les illustrations ci-contre.

Cet écart ne pourrait être justifié que par la grande disponibilité du Frêne, bois de prédilection pour fabriquer des manches d'outils. Il est aussi possible que le pipier anglais l'ait préféré au Saule pour sa dureté et sa résistance à toute épreuve.

Le dessus de la tige de cette pipe est marqué d'un énigmatique "Special for Selva" qui pourrait indiquer qu'il s'agissait d'une commande ayant donné lieu à un nombre limité d'exemplaires qui échappaient sans doute aux circuits de distribution habituels de la marque.

Je ne suis pas sûr que tous ces détails éveillent en vous un frénésie démesurée. En somme, cette pipe "Cricket" serait aussi passionnante pour le citoyen français que la pipe "Pétanque" pourrait l'être pour un sujet britannique. Elle n'est citée ici que par souci de complétude dans le chapitre des pipes "sportives".

(1) Plus d'informations sur la marque "Invicta Briars" ici

(2) Les images dans ce billet proviennent de deux pipes. Les marquages sont identiques mais le bois dont sont faites les tiges (les battes) semble être différent.


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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 19:04

Roger Wallenstein (de son véritable nom : Rupert Wagner)

Une fois n'est pas coutume, ce billet est consacré à un pipier plutôt qu'à une pipe. Roger Wallenstein, c'est bien du pipier allemand dont il s'agit, tient une place à part dans le paysage des fabricants de pipes. Il dynamite la représentation habituelle et première qu'on se fait d'une pipe : un instrument (permettant de fumer du tabac). Il explose la conception plus que centenaire d'un outil réservé prioritairement à un usage. Bref, il change de paradigme. Il assujettit totalement l'outil à sa propre force créative, à son habileté et il le réduit à un support sur lequel il projette son imagination. Ce processus aboutit forcement à une pipe qui n'est plus une pipe. Entendez par là : une pipe qui ne correspond plus à l'archétype que nous en avons.

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Pipe avec bouchon obturant un perçage vertical

Pour dompter la matière et concevoir non pas en fonction de l'objet et des ses servitudes mais en fonction de son imaginaire, il faut se donner des degrés de liberté supplémentaires. La pipe ci-contre illustre son irrévérence face aux canons habituels. On s'aperçoit qu'il n'hésite pas à procéder à un second perçage vertical, obturé par un bouchon, pour arriver à ses fins.

Nous avions relevé dés Mai 2006, alors qu'il commençait à présenter sa production, le courage de cet homme à passer outre les conventions ainsi que son aspect atypique dans le paysage de la pipe contemporaine. Il ne nous a pas déçus depuis.

En tournant notre regard sur le siècle passé, il n'y a peut être qu'un seul pipier qui ait osé emprunter un chemin similaire : Preben Holm avait, lui aussi, en son temps tenté de travailler la bruyère en s'affranchissant des formes cylindriques, en évitant rondeurs et ovalités sempiternelles, en pliant la matière à son inspiration. Mais le pipier danois en est resté là.

Exemples de pipes de Preben Holm (Danemark)

Malgré la difficulté de la comparaison, il semble que l'expression de sa liberté est bien plus forte chez Roger Wallenstein parce qu'elle est épaulée d'une curiosité et d'une recherche à la fois constante et omnidirectionnelle.

Une recherche constante

A peine a-t-il mis en scène une nouvelle idée sur une pipe qu'il gambade déjà vers de nouveaux horizons, dégagé de tout a priori. Un exemple : En 2006 on voit fleurir dans l'atelier de Walle (c'est son surnom, prononcez "valeu") des pipes avec des extensions en matière synthétique aux couleurs pétantes qui tranchent radicalement sur les camaïeux bruns de la Bruyère. Quelques mois passent et plus rien de cela. L'homme explore déjà d'autres filons. Quand on y songe, l'allonge au tuyau d'une pipe en bambou n'est pas plus innovante que cela et une pléthore de pipiers continue aujourd'hui à produire et reproduire ce type de pipes. N'allez pas croire que je veuille décrier l'usage du bambou sur les pipes : il peut être du plus bel effet. Ce que j'essaye de souligner c'est la différence entre celui qui tire inlassablement profit d'un "truc", surtout s'il l'a inventé, et celui qui invente, réalise son invention puis passe à autre chose, mu par un esprit sans cesse en mouvement. Le premier reproduit, le second construit. Le premier est un artisan, le second un artiste. Notre Roger est de la seconde catégorie.

Une recherche omnidirectionnelle

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Pipe à méandres

On vient de citer sa recherche de nouveaux matériaux. Par ailleurs, est-il nécessaire de souligner sa progression dans l'étude de nouvelles formes ? Les noms dont on affuble traditionnellement les silhouettes des pipes n'ont plus de sens à la vue des pipes du créateur allemand.

Si, il y a quelques années, on pouvait encore reconnaitre dans sa production des formes cavaliers, des blowfish ou de vagues bulldogs, aujourd'hui il est obligé de trouver lui même des noms pour les formes qui émergent de son imagination tant leurs rapports avec l'existant est ... inexistant. (Bucherboy, Longford, Dromoland).

Une autre direction de son travail consiste à trouver de nouvelles finitions (la manière de traiter la surface du bois). Dans ce domaine il est à l'origine d'un procédé qui n'a pas vu son pareil depuis le "Golden Contrast" de Tom Eltang. Il s'agit d'une méthode non divulguée et qui lui permet de donner à la bruyère l'aspect de "bois flotté" (Driftwood) avec des effets de surface caractéristiques des branches trouvées en bord de mer ou de rivière.

Finition bois flotté (Driftwood)

C'est alors un engrenage sans fin, car pour approcher la couleur très claire de ces bois il met au point de nouvelles teintures : des "gris de pierre" ou des "chinés de rouille".

Exemples de teintures

Ensuite il applique cette finition à d'autres essences de bois : Le citronnier ou l'olivier.


Pipe en bois d'Eucalyptus

Puis, cela lui donne l'idée d'explorer la réalisation de pipes en bois exotiques comme cette pipe en Jarrah-Wood australien ((Eucalyptus marginata).

Ce foisonnement ne se limite pas au travail du bois. Il revisite le lieu très délicat du contact entre la pipe et la bouche du fumeur : la lentille.

Trouver des pipiers qui ont leur nom attaché à une innovation ou à une spécialité me parait aisé : outre Tom Eltang et son "Golden Contrast", on peut citer Lars Ivarsson et sa forme "Blowfish", Brakner et la "Micro-rustication", Anne Julie et ses "Pipes-jambe" sans parler des superbes sablages de James Cooke. Mais essayez de dénicher un pipier dont les innovations radicales recouvrent quasiment tous les aspects de la conception d'une pipe ! Vous pouvez chercher, vous n'en trouverez qu'un.

Liberté

En tant qu'avocat, ce pipier possède des revenus réguliers qui le mettent à l'abri de toute concession par rapport au marché et aux goûts supposés des acheteurs. Il ne réalise pas des pipes qui pourraient plaire, il avance libre en ne se laissant guider que par ses propres passions.

S'il était quelque ballot qui, en lisant ces lignes et en regardant ces images, aurait eu l'initiative malheureuse de dire ou de penser "je n'aime pas", de se poser la question "combien ça coute ?", de s'interroger sur la perfection technique de ces objets, ou encore d'argumenter de son désir de fumer une pipe et non une sculpture, il m'est avis que ce garçon-là est passé à coté de l'essentiel : la démarche, rien que la démarche. Celle d'un homme qui tente de soumettre la matière aux exigences de ses idées ou de ses fantasmes, indépendamment de l'approbation ou du dénigrement d'autrui.

A ce propos on peut constater que, plus que nul autre, Roger Wallenstein est l'objet de prises de position parfois tranchées voire violentes des fumeurs de pipe ou de pairs. Cela est plutôt bon signe. Ceux qui ont pris le temps de se décentrer et de rentrer dans son univers ne sont pas foule. Parmi ces derniers, et pour ne retenir l'opinion que d'un de ses compatriotes, citons ce qu'en dit le grand Rainer Barbi en s'adressant directement à Walle.

"Deine Interpretation und Ausführung sprengt alle Gleise des bis dato existierenden Bewusstseins von traditionell befundenem Rauchgerät. Hier wird der Gebrauch ad absurdum geführt. Nur noch der Geist, die Seele, die Kraft des Machers diktiert die Bedingungen."

Traduction : "Ton interprétation et ta réalisation fait sauter tous les rails de la connaissance qu'on a actuellement des outils de fumage traditionnels. On y traite l'usage par l'absurde. Seul l'esprit, l'âme et la force du pipier dictent encore les conditions."

La série "Jolly Roger" de Wallenstein ici.

Autres pipes de Roger Wallenstein sur ce site :
Wallenstein, Bitoniot


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Lundi 18 octobre 2010 1 18 /10 /Oct /2010 21:53
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Série : Pipes à insert

William John Ashton-Taylor a 15 ans en 1959 quand il entre en apprentissage chez Dunhill. La trajectoire professionnelle de ce jeune garçon sera celle d'un bosseur intelligent, né à la bonne époque. Les trente glorieuses sont aussi l'âge d'or de la pipe. Chargé au départ d'aller acheter une boite de tabac pour le contremaître ou de faire le thé pour le break des ouvriers, le jeune Bill n'avait pas les yeux dans ses poches et apprenait vite. Il ramenait des ébauchons chez lui pour se faire la main et acquis rapidement l'estime de ses patrons. Après avoir gravi tous les échelons dans l'atelier londonien il décide de fonder sa propre marque au début des années 1980. Durant les trente années qui suivirent, les pipes Ashton sont devenues une marque incontournable du classicisme britannique.


James Craig de Ashton Pipes

Bill casse sa pipe le 16 septembre 2009. Mais la marque Ashton lui survit et les pipes de ce label sont produites aujourd'hui par James Craig (Jimmy) selon les méthodes mises au point par le maître. C'est Bill lui même qui a désigné ce compère de longue date comme son digne successeur.

Il est toujours passionnant d'observer comment l'héritier d'une grande marque se l'approprie et la fait évoluer. L'occasion m'en est fournie par une pièce unique que James Craig a réalisée récemment (2010). Une pipe à insert présentée dans un solide coffret pourrait être un bon indicateur de ses intensions futures.

Coffret Ashton Calabash

Ashton Calabash avec trois inserts

Première constatation : forme et finition de la pipe restent archi-classiques. C'est une Calabash sablée. Son sablage, comme c'est souvent le cas des pipes anglaises, reste relativement superficiel.

En revanche, proposer une pipe avec trois inserts interchangeables est très rare. Il me semble que sur ce point, la démarche de Jimmy Craig est tout à fait originale. Il respecte la tradition Ashton mais il innove en la déclinant sur un thème quelque peu oublié : Kaywoodie proposait dans les années 1960 un coffret pour recevoir sa série "Twin Bowl". La pipe américaine en écume de mer ou en bruyère était accompagnée de deux inserts interchangeables en écume.

Jimmy Craig propose un insert sablé, ...un insert lisse ...

Et enfin un insert en écume de mer décoré discrètement de quelques motifs floraux.

Proposer une pièce unique ressemble à essai. Cette singularité pourrait être interprétée comme une expérience à travers laquelle le compagnon de Bill Ashton tente d'affirmer son style personnel tout en respectant la lourde succession qui lui a été confiée. On ne sera surement pas étonné de voir fleurir en marge des néo-Ashton une production plus particulièrement marquée de l'esprit de Jimmy.

Les marquages de la pipe restent - pour l'instant - ceux qu'on a toujours connus sur les pipes "Ashton".


Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(XXX) Ashton
Pebble Grain
Made in England
210
  Long : 16,5 cm
Ø int. foyer : 1,9 cm
Poids : 70 g
 
502,00 €
(non fumée)

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