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Autres pipes


Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /2009 15:09

Il n'est pas si rare de voir des artisans, désireux d'attribuer à leurs pipes une plus value, incruster dans le bois de Bruyère des pierres précieuses, semi-précieuses ou, plus simplement, des cailloux du Rhin. On serait alors en droit de se demander s'il est vraiment raisonnable de consteller un bois bien choisi de tels ajouts au risque de la surcharge. Les motifs de notre essence méditerranéenne sont dejà en soi une source d'admiration sans arrêt renouvelée et les paysages délicats dessinés par ses fibres sont bien suffisants pour nous enchanter. Cette pratique me semble donc difficilement compréhensible.

Il est cependant quelques cas pour les quels le recours aux pierreries sur les pipes en bois est parfaitement excusable. Lorsque la gemme fait sens, qu'elle s'intègre au point de se fondre dans l'objet, quand elle est là pour nous apporter une information plutôt qu'augmenter artificiellement la valeur marchande de la pipe, alors je veux bien jeter un oeil bienveillant sur ces pipes "enrichies".

 
   

Parmi les nombreuses candidates du monde minéral susceptibles d'orner une pipe, il y en a une pour qui j'ai un faible particulier : le rubis.

Sans doute est ce parce que sa couleur chaleureuse se marie à la perfection avec celle de la Bruyère. Sans compter que la pierre des Maharajas sait se faire bien plus discrète que le diamant qui inonde par ses éclats et fait pâlir tout ce qui le côtoie. Pour tout dire, le rubis est une des rares pierres précieuses qui ne met pas la beauté du bois au second rang, à condition, bien sur, d'en faire un usage pertinent.

Les trois exemples qui vont suivre n'ont d'autre ambition que de donner un aperçu de la juxtaposition du rubis et de la Bruyère. Les deux premières démarches (Dunhill et Amorelli) se ressemblent et associent le travail d'orfèvre à celui du pipier alors que le troisième rubis (Ser Jacopo) entre plus modestement dans une approche de l'ordre de la signalétique.

Rubis # 1 : Dunhill

L'oeil rouge du serpent (1) d'argent accentue son coté maléfique

Dans la finition "Dress" des pipes Dunhill, les motifs du bois ne sont plus visibles et la concurrence entre la beauté du bois et celle du rubis n'est plus de mise.

Voir les détails de cette pipe Dunhill ici.

Rubis # 2 : Amorelli. (L'oeil de l'Inca)

Le rubis est incrusté sur un masque de rapace en or qui couvre partiellement un visage humain. Là encore le rubis tient la place de l'oeil et il est accompagné de sept diamants disséminés un peu au hasard des plumes du volatile. On ne perdra pas de vue que Salvatore Amorelli possède une formation d'orfèvre. Cela peut expliquer cette propension à en remettre une couche.

Voir les détails de la pipe Amorelli ici.

Rubis # 3 : Ser Jacopo. (Della Gemma)

Dans ce cas il ne s'agit plus de souligner une décoration de la pipe mais de désigner une série bien spécifique à la marque, les pipes "Dalla Gemma". Emeraude, Grenat, Saphir et Rubis enchâssés sur le tuyau dans un chaton en or caractérisent cette ligne de pipe haut de gamme du pipier transalpin.

Voir les détails de la pipe Ser Jacopo ici.

En somme, les trois pipes dans ce billet s'en sortent plutôt bien. Leurs artisans ont su éviter (pour ces modèles, du moins) les pièges de l'association de deux matériaux nobles : les laisser se confronter mutuellement ou laisser l'un servir de faire-valoir à l'autre. Mais cela n'a pas toujours été le cas chez ... Amorelli.

(1) Apres le serpent en 2005, Dunhill a réalisé sur le même principe des yeux de rubis des pipes ornées d'un dragon (2006) et plus recemment d'un tigre.


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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 22:09

On connaissait les montres et horloges à "complication" qui vous donnent les phases de la lune, qui sont munies du tourbillon et même celles qui possèdent le quantième perpétuel, la "grande complication". Eh bien, il faut savoir que de tels chefs d'oeuvres de technologie ont bien sûr aussi leur égal dans le domaine des pipes.

De savants et subtils artisans ont inlassablement tenté d'améliorer nos instruments de fumage et, en vrais génies, ils se sont inspirés de l'existant pour l'adapter, le transposer et le sophistiquer jusqu'a arriver aux sommets himalayens pipiers. Hélas, nombre d'entre eux sont malheureusement restés dans les limbes de l'anonymat. Tel est le cas de l'extraordinaire inventeur de la pipe Nargi (1).

Nom d'un chien ! La chose semble complexe. Mais ne bouge pas, le raffinement extrême qui se cache derrière cette chose t'échappe encore.

En contemplant le cliché ci-dessus on serait tenté de penser que le photographe aurait du terminer son sandwich avant de procéder à la prise de vue. Le morceau de mie de pain qui trône au beau milieu de ce délicieux coffret fait vraiment très négligé.

Sache, cher lecteur, qu'il ne s'agit pas de mie de pain mais d'une petite éponge. Et elle n'a en aucune manière servi à donner un dernier coup de propre au coffret avant d'immortaliser cette pipe phénoménale : l'éponge fait partie de la pipe.

Assez de finauderie, il temps d'expliquer toute l'intelligence qui se love dans ce dispositif Hight-Tech.

Mouille abondamment l'éponge, planque-la dans le récipient en plastique, assemble la pipe, bourre-la et allume ton tabac. La fumée est conduite vers le bas de la pipe pour barboter gentiment avant de gagner tes papilles délicates.

Tu fumes un Narghilé qui tiendrait dans une poche. C'est fabuleux, n'est ce pas ? D'autant plus que la notice digne des instructions d'assemblage Ikéa et qui accompagne cette Chicha façon Cow-boy, précise bien que l'eau qui imprègne l'éponge peut être remplacée avantageusement par du Rhum. Notre admiration est à son comble.

Je perçois ici ou là quelques objections. Quid d'épanchements dégueulasses de liquides nauséabonds au fond de ta poche ? Mais voyons, tu n'y es pas ! Notre inventeur a vraiment pensé à tout.

A la proue de l'engin, un robinet sécurise la partie réservoir et peut le rendre totalement étanche. Sa rotation de 180° ± 5° entraîne un mouvement en translation d'une soupape d'admission (umbrella valve) qui vient, par réduction à 0 de son jeu fonctionnel (<1mm), obturer le compartiment contenant les éléments en phase liquide. C'est si simple, si lumineux !

Apres une démonstration aussi convaincante, il ne te resterait plus que des arguments très subjectifs et, pour tout dire, fallacieux pour ne pas adhérer à cette innovation majeure. La finition rustiquée du fourneau, par exemple, te semble peut être d'un goût discutable ? C'est ignorer que même les plus prestigieuses marques planétaires de pipes en Bruyère ont réalisé cette finition type "tronc d'arbre". Pour te convaincre définitivement, regarde ici et... n'oublie pas d'agrandir l'image.

Nomenclature   Dimensions   Valeur
         
NARGI
  Long : 12,7 cm
Haut : 6,9 cm
Ø fourneau : 2,9 cm
Poids : 43 g
  81.50 US$
57,10 €
(Estate)

(1) Nargi pipe company, 1433 East Eight Mile Road- Hazel Park, Michigan USA


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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /2008 12:18
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L'aspect le plus intéressant du couple infernal apparaît en contemplant le postérieur des deux personnages, angle de vue que je vous ai caché jusqu'à présent. On s'aperçoit que la tête des deux gaillards est creuse et qu'il s'agit en fait de la partie émergée de deux pipes fichées dans deux corps.

Il existe nombre de pipes sculptées à l'effigie de monstres, de personnages de légendes ou d'hommes célèbres. Mais jamais l'impression de décapitation ne vient effleurer votre imagination alors qu'ici cela s'impose instantanément. Remarquez à quel point la proximité des corps qui reçoivent les deux pipes engendre cette macabre allusion.

La couleur et la texture du bois ne font pas de doute : il ne s'agit en aucun cas de Bruyère mais plus probablement d'une essence fruitière tel cerisier ou merisier. C'est dire que fumer ces pipes de tailles respectables ne doit pas être très facile. A en croire l'état des fourneaux, elles n'ont pas été utilisées très souvent depuis qu'elles ont quitté les mains du sculpteur, sans doute vers la fin du 19ième siècle.

Inutile de préciser qu'en rangeant ces pipes, il faut prêter grande attention à ne pas se tromper de support. Une étourderie pourrait vous coûter la réprobation de vos amis bien pensants, dévots, bigots ou autres grenouilles de bénitier. Si, en plus de subir les affres de la fumée, il fallait par dessus le marché se signer en entrant chez vous, vous risqueriez de perdre très vite tout ce beau monde.

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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /2008 13:15
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L'épisode précédent laissait un doute quant à l'environnement du porte-pipes épiscopal. Cela sentait le soufre à cents lieux et vos appréhensions étaient tout à fait justifiées car l'immonde tentateur n'était pas bien loin.

Diable et évêque. Bois polychrome. Hauteur : 45 cm environ

Qu'il est vilain avec son oeil lubrique, son énorme pif et surtout sa langue rose, disproportionnée et perverse.

Ses mains sont vides mais on voit bien qu'elles peuvent recevoir quelque outil de fumage en plus de la place réservée à cet effet dans sa hotte.

Il est vrai que l'ensemble est un peu encombrant. Mais j'imagine assez bien ces personnages dont la taille avoisine le demi-mètre, posés dans un coin de votre salon à portée de main de votre fauteuil favori de manière à ce que vous puissiez choisir ou ranger vos pipes sans même lever le regard du bouquin que vous dévorez. Ne croyez pas que cette opération pourrait s'avérer malaisée eu égard à l'accessibilité des différents trous de rangement. Il n'en est absolument rien parce que le fin mot de l'histoire, vous l'ignorez encore.

Le dénouement diabolique de toute cette affaire vous attend au troisième et dernier épisode de ce feuilleton.

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