Bonjour

Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 18:41

La pipe à tabac est un instrument de musique de la famille des vents. N'allez pas croire qu'il s'agit là d'une boutade. Si la musique est généralement comprise comme un art qui réjouit nos oreilles permettez-moi de l'étendre à d'autres sens et en particulier au goût et à l'odorat. La pipe est un instrument qui, grâce à un déplacement d'air, permet à nos papilles gustatives et à notre nez d'éprouver des gammes de saveurs, des bouquets aux accords parfaits, des harmonies et tout cela avec des tessitures sans arrêt renouvelées.

Le jeune débutant aura tendance à swinguer là où la partition impose un Andante moderato, les adeptes des concours se limitent à des interprétations de valses lentes ou d'Adagios. A l'instar de la musique il existe des instrumentistes qui affichent leurs préférences pour des partitions - comprenez des tabacs - très typées. On ne compte plus les hymnes au Latakieh, les odes au Semois, les arias aux tabacs anglais. Bref, le fumeur de pipe montre tous les sublimes travers de l'artiste.


Pipe Amorelli - Cliquer pour agrandir

Notez bien qu'un concerto pour bois de bruyère et herbe à Nicot est paradoxalement un morceau pour soliste. Vous êtes le seul interprète et plus encore, vous êtes le seul public qui est à l'écoute de votre trompette, votre saxophone ou votre trombone fumant. Il est d'ailleurs des artisans-pipiers qui ont cultivé la métaphore jusqu'à l'imitation très réaliste des instruments de musique. C'est tout dire.

La pipe Trom-bone qui illustre ce billet doit son nom à une coulisse peu banale qui permet de sacquer et de bouter la partie basse de la pipe.

Le Saqueboute, ancêtre du trombone moderne, était au 16ème siècle un instrument plutôt répandu surtout dans les couches populaires où il accompagnait les gigues, les bourrées et autres passacailles.

A vrai dire, en observant cette pipe on est effectivement loin de la gaité des fêtes paysannes, loin des mœurs subtiles en usage à la renaissance. Le corps de notre instrument est entièrement et tristement fait d'une matière synthétique. Sans doute faut-il de temps en temps passer une couenne de lard sur la rainure pour assurer la lubrification du dispositif. Quand on sait que la même rainure sert de conduit de fumée, on peu s'attendre à des mélanges de gras et de goudron particulièrement répugnants. Il n'y a que le fourneau qui soit en bois et il est enchâssé dans le pavillon du trombone.

Mon conseil : évitez cet instrument-là pour jouer de grandes partitions.

Bien que breveté, la conception de cette pipe n'a pas eu le succès de la coulisse du véritable trombone, celui qui flatte nos oreilles de ses notes chaleureuses et dont le principe n'a pas requis un dépôt de brevet pour perdurer.

J'allais oublier de mentionner l'écrin qui reçoit notre saqueboute de pétuneur. Il montre à l'évidence que l'objet ne mérite pas beaucoup d'égard puisqu'il se présente sous blister...

... au revers du quel on vous explique en deux temps trois mouvements comment jouer de l'instrument.


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Vendredi 2 mars 2012 5 02 /03 /Mars /2012 10:07

On aura rarement vu une pipe Cavalier mieux mériter son nom que celle qui fait l'objet de ce billet. Comme on le sait, ces pipes ont la particularité de posséder un fourneau à cheval sur leur tige. Fourneau et tige étant taillés d'une pièce dans le même ébauchon, ces deux éléments restent immuablement dans la posture dans laquelle l'artisan les a figés. L'exception la voici :

L'entretien d'une pipe Cavalier peut s'avérer un peu moins aisé qu'une pipe ordinaire. Pour faciliter l'accès aux différentes parties de la pipe notre artisan a articulé le foyer à l'aide de ce que j'appellerais des étriers en laiton.

 

A l'instar du cavalier qui prend une position "en suspension" pour aider la bête à sauter l'obstacle, la tête de cette pipe sort de sa selle.

Le dispositif est tellement simple qu'on a du mal à croire que cela puisse donner lieu à un brevet.

 

Les brides métalliques sont vissées dans la Bruyère à la bonne franquette. Et quelles vis ! Elles ne cherchent pas à se dissimuler ou à s'intégrer par un métal assorti. On pourrait croire à première vue qu'elles ne sont pas d'origine et que celui qui les a remplacées a simplement pris ce qui lui tombait sous la main. Mais quand on considère le système de fixation de la tête on se rend compte qu'il est à l'avenant.

Après les vis, nous voilà avec un clou planté sauvagement dans le noble bois. Bruyère, Bruyère outragée ! Bruyère martyrisée ! Mais Bruyère libérée.

Je crois me souvenir de ma première rencontre avec ces crochets avec leur ergot caractéristique. Mon grand père les avait utilisés pour assurer la fermeture de ses clapiers à lapin. Ils ont refait surface dans ma vie, plus tard, sous une table à rallonge et servaient à bloquer les pièces amovibles. Je suis persuadé que vous les avez croisés tout comme moi en de maintes occasions. C'est dire que leur efficacité est à toute épreuve. Mais jamais, oh grand jamais, je n'aurais imaginé les rencontrer sur une pipe.

Le tuyau en corne avec un tenon fileté est assez caractéristique des techniques de montage du début du XXème siècle. Le seul indice qui pourrait éventuellement mettre sur la piste de l'atelier d'origine de dette pipe française demeure sibyllin : de modestes initiales "PD" dans un ovale.


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