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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 18:41

La pipe à tabac est un instrument de musique de la famille des vents. N'allez pas croire qu'il s'agit là d'une boutade. Si la musique est généralement comprise comme un art qui réjouit nos oreilles permettez-moi de l'étendre à d'autres sens et en particulier au goût et à l'odorat. La pipe est un instrument qui, grâce à un déplacement d'air, permet à nos papilles gustatives et à notre nez d'éprouver des gammes de saveurs, des bouquets aux accords parfaits, des harmonies et tout cela avec des tessitures sans arrêt renouvelées.

Le jeune débutant aura tendance à swinguer là où la partition impose un Andante moderato, les adeptes des concours se limitent à des interprétations de valses lentes ou d'Adagios. A l'instar de la musique il existe des instrumentistes qui affichent leurs préférences pour des partitions - comprenez des tabacs - très typées. On ne compte plus les hymnes au Latakieh, les odes au Semois, les arias aux tabacs anglais. Bref, le fumeur de pipe montre tous les sublimes travers de l'artiste.


Pipe Amorelli - Cliquer pour agrandir

Notez bien qu'un concerto pour bois de bruyère et herbe à Nicot est paradoxalement un morceau pour soliste. Vous êtes le seul interprète et plus encore, vous êtes le seul public qui est à l'écoute de votre trompette, votre saxophone ou votre trombone fumant. Il est d'ailleurs des artisans-pipiers qui ont cultivé la métaphore jusqu'à l'imitation très réaliste des instruments de musique. C'est tout dire.

La pipe Trom-bone qui illustre ce billet doit son nom à une coulisse peu banale qui permet de sacquer et de bouter la partie basse de la pipe.

Le Saqueboute, ancêtre du trombone moderne, était au 16ème siècle un instrument plutôt répandu surtout dans les couches populaires où il accompagnait les gigues, les bourrées et autres passacailles.

A vrai dire, en observant cette pipe on est effectivement loin de la gaité des fêtes paysannes, loin des mœurs subtiles en usage à la renaissance. Le corps de notre instrument est entièrement et tristement fait d'une matière synthétique. Sans doute faut-il de temps en temps passer une couenne de lard sur la rainure pour assurer la lubrification du dispositif. Quand on sait que la même rainure sert de conduit de fumée, on peu s'attendre à des mélanges de gras et de goudron particulièrement répugnants. Il n'y a que le fourneau qui soit en bois et il est enchâssé dans le pavillon du trombone.

Mon conseil : évitez cet instrument-là pour jouer de grandes partitions.

Bien que breveté, la conception de cette pipe n'a pas eu le succès de la coulisse du véritable trombone, celui qui flatte nos oreilles de ses notes chaleureuses et dont le principe n'a pas requis un dépôt de brevet pour perdurer.

J'allais oublier de mentionner l'écrin qui reçoit notre saqueboute de pétuneur. Il montre à l'évidence que l'objet ne mérite pas beaucoup d'égard puisqu'il se présente sous blister...

... au revers du quel on vous explique en deux temps trois mouvements comment jouer de l'instrument.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 10:07
Index "Cavalier"

On aura rarement vu une pipe Cavalier mieux mériter son nom que celle qui fait l'objet de ce billet. Comme on le sait, ces pipes ont la particularité de posséder un fourneau à cheval sur leur tige. Fourneau et tige étant taillés d'une pièce dans le même ébauchon, ces deux éléments restent immuablement dans la posture dans laquelle l'artisan les a figés. L'exception la voici :

L'entretien d'une pipe Cavalier peut s'avérer un peu moins aisé qu'une pipe ordinaire. Pour faciliter l'accès aux différentes parties de la pipe notre artisan a articulé le foyer à l'aide de ce que j'appellerais des étriers en laiton.

 

A l'instar du cavalier qui prend une position "en suspension" pour aider la bête à sauter l'obstacle, la tête de cette pipe sort de sa selle.

Le dispositif est tellement simple qu'on a du mal à croire que cela puisse donner lieu à un brevet.

 

Les brides métalliques sont vissées dans la Bruyère à la bonne franquette. Et quelles vis ! Elles ne cherchent pas à se dissimuler ou à s'intégrer par un métal assorti. On pourrait croire à première vue qu'elles ne sont pas d'origine et que celui qui les a remplacées a simplement pris ce qui lui tombait sous la main. Mais quand on considère le système de fixation de la tête on se rend compte qu'il est à l'avenant.

Après les vis, nous voilà avec un clou planté sauvagement dans le noble bois. Bruyère, Bruyère outragée ! Bruyère martyrisée ! Mais Bruyère libérée.

Je crois me souvenir de ma première rencontre avec ces crochets avec leur ergot caractéristique. Mon grand père les avait utilisés pour assurer la fermeture de ses clapiers à lapin. Ils ont refait surface dans ma vie, plus tard, sous une table à rallonge et servaient à bloquer les pièces amovibles. Je suis persuadé que vous les avez croisés tout comme moi en de maintes occasions. C'est dire que leur efficacité est à toute épreuve. Mais jamais, oh grand jamais, je n'aurais imaginé les rencontrer sur une pipe.

Le tuyau en corne avec un tenon fileté est assez caractéristique des techniques de montage du début du XXème siècle. Le seul indice qui pourrait éventuellement mettre sur la piste de l'atelier d'origine de dette pipe française demeure sibyllin : de modestes initiales "PD" dans un ovale.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 00:01
Pipes à couvercle

Parmi toutes les manières à doter une pipe d'un couvercle il est un dispositif qui mérite une attention toute particulière. On y abandonne l'idée de soulever un couvercle au profit d'un dégagement latéral.


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La Gale en version "Canadienne"


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Ce système à fait la notoriété de la série Gale* chez Kaywoodie qui l'a produite entre 1938 et 1942. Malgré les cinq petites années durant lesquelles l'usine de New Jersey a fabriqué la Gale, cette pipe a conservé jusqu'à nos jours une solide réputation aussi bien pour les collectionneurs (qui la chassent sauvagement) que pour des fumeurs qui cherchent une pipe robuste à sortir par gros temps.

La série Gale de Kaywoodie est à ma connaissance la première pipe dotée d'un couvercle intégré de ce type.


La Gale en version "Zulu"

L'intégration ne nécessitait pas d'intervention particulière sur la tête de pipe sinon le respect du diamètre et l'usinage de l'emboitement pour assurer la continuité entre bois et métal dans le haut du fourneau.

Cette invention a été reprise de façon remarquable par la marque italienne Brebbia après la guerre.


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Mais cette fois-ci l'effort d'intégration réclame une intervention majeure sur le foyer : il est incisé dans la moitié de sa circonférence pour laisser place au couvercle qui pivote autour d'un tenon métallique fiché verticalement dans l'épaisseur du foyer. C'est simple et fonctionnel.

En revanche, est ce parce que le haut du foyer serait fragilisé par l'incision qu'on aurait jugé nécessaire de le cercler à l'intérieur et à l'extérieur avec deux bandes en argent ? Ou cet ajout a t-il été décidé à des fins esthétiques ?

On notera pour finir que ce système de couvercle a fait l'objet d'un accessoire amovible (ci-dessous) qui permet de couvrir n'importe quelle pipe.

Mais dans ce cas le charme n'opère plus du tout.

* Gale (anglais) signifie tempête, vent violent.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 14:42

Des jeunes loups aux dents longues il y en a dans tous les domaines y compris dans celui de la réalisation artisanale de pipes. L'ambition, voire la prétention, de Chris Morgan (USA) en font un digne représentant de cette espèce qui est loin de s'éteindre. On le vit émerger de nulle part vers 2007-08 accompagné de son parrain qui était une étoile au firmament des vendeurs sur eBay : le célèbre Rob Cooper alias Coopersark proposait alors ses pipes aux enchères et très rapidement elles atteignaient des sommes à quatre chiffres. Inutile de dire que beaucoup haussèrent le sourcil.

Comment peut-il se faire qu'un artisan aussi inexpérimenté - il avait 22 ans à l'époque - puisse offrir des pipes à des prix tout juste atteints par des Bo Nordh ou des Sixten Ivarsson à la fin de leur préstigieuse carrière ? On a spéculé sur des surenchères bidon, des manœuvres peu orthodoxes dans le dos du site d'enchères en ligne. Quoiqu'il en soit il semble qu'on se trouve bel est bien face à une manipulation médiatique qui tend à fabriquer de toute pièce une star de la pipe.

Le gamin, en excellent communicant, s'est inscrit au forum dédié aux artisans de la pipe où il s'offre à la critique de ses pairs. Il y fait son buzz. Les Rad Davis, Brad Pohlmann, Todd Johnson ou autres Kurt Huhn lui font comprendre d'aller jouer encore un peu dans son atelier avant d'afficher des prix éhontés. Loin de se décourager, notre bonhomme est assez malin pour placer systématiquement la carte de l'humilité bien étudiée, de la modestie à tout va, du pauvre persécuté et s'avère être un champion du "bien propre sur lui".

Or quelle ne fut pas ma surprise récemment en tombant nez à nez avec la "Nugget" de Chris Morgan sur le site de son compère Coopersark


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Il s'agit de la 28eme pipe réalisée en 2010 par notre jeune loup et elle est présentée par son mentor comme une "pièce unique" dotée d'une "forme fantastique" et ayant demandé un "travail énorme". Unique...? On oublie de préciser que la muse est nippone.

Cette architecture de pipe peu banale avait été relevée par votre serviteur en 2006 et avait fait l'objet d'un article qui ne cachait pas son admiration devant l'imagination de Yukio Okamura (Japon) auteur, sinon inventeur de la forme. Il se fait que l'article fait partie de ceux qui sont les plus consultés sur le site des "Pipes bizarres". On pouvait attribuer en partie ce succès au fait que la pipe japonaise était jusqu' ici la seule connue dans son genre. Mais la voila avec une petite sœur et l'occasion se présente enfin de comparer le travail et le sens des formes chez ces deux pipiers.


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La "Nugget" américaine n'a pas volée son nom quand on pense à la transformation de ces charmants poulets en bouchées patatoïdes et pannées. Là où le pipier japonais nous propose une pipe qui fait un tout parfaitement intégré, l'américain expose un objet constitué de trois parties accolées : une pomme de terre, une bite et une poignée de porte.

Cet ensemble décousu (aucun des trois éléments ne dialogue avec les autres) contraste singulièrement avec la simplicité fluide de la pipe d'Okamura. A vouloir trop en faire on ajoute l'absurde à l'inutile. Pour preuve cette apothéose de la tige matérialisé par un bouchon acrylique et qui complique sans faire sens (un gland ?). Tout cela est à confronter impérativement avec la solution du pipier japonais qui donne à voir une continuité limpide.

Il n'est pas impossible que ce bouchon se soit imposé a posteriori au pipier américain pour lui permettre d'ajuster l'équilibre vertical de la pipe. Voilà comment on arrive en bricolant à palier aux insuffisances du design initial. Erreur de jeunesse ? Toujours à se précipiter dans l'action avant de réfléchir !

Un autre détail technique est tout à fait significatif. Le tuyau et la tige restent solidaires. Les as de la chenillette y verront un handicap notoire. La pipe d'Okamura quant à elle, est démontable entièrement, tuyau et tige compris, ce qui facilite d'autant le nettoyage.

En somme, ni l'exécution technique et encore moins le résultat esthétique de cette bouffarde n'arrivent à la cheville de la composition d'Yukio Okamura qui reste pour ce type de pipe et jusqu'à nouvel ordre, la référence incontournable.

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 17:10
  Index des sports

Le Cricket partage avec le Baseball des ancêtres communs à chercher sans doute dans le Rounders que les Tudor avaient déjà adopté au 16ème siècle. La pratique de tous ces sports de balle et de batte reste cependant confinée aujourd'hui à la sphère d'influence de la culture anglo-saxonne.

Bien qu'il y ait ici ou là quelques clubs qui perpétuent ces jeux en dehors du Commonwealth, ils n'y ont jamais trouvé un public significatif. Leurs règles restent souvent obscures aux yeux de ceux qui ne relèvent pas de sa gracieuse Majesté. Généralement, les stades sont remplis de spectateurs qui viennent revivre des émotions de leur jeunesse et ceux qui séjournent de ce coté-ci de la Manche ont majoritairement tapé dans une balle avec leurs pieds. Il y a bien des gens qui se promènent dans nos rues avec des battes, mais cela est une autre histoire....

Pour toutes ces raisons, une pipe évoquant le Cricket ne peut être que d'origine britannique.

La confusion avec une pipe Baseball n'est pas possible : la tige de cette pipe montre un profil caractéristique avec son dessus plat et l'élargissement très net après le manche.


Batte de Cricket de face et de profil.

Les balles sont traditionnellement rouges excepté pour le jeu nocturne où on a recours à des balles blanches. Le fourneau en Bruyère respecte donc l'apparence d'une véritable balle de Cricket par ses couleurs et l'implantation de la couture.


La balle de Cricket est en liège recouvert de cuir (diamètre : 7,2 cm)

La présence du célèbre fabricant de pipe britannique (voir flèche ci-dessus) dans ce sport emblématique n'est pas vraiment étonnant. Mais il n'y a pas à ma connaissance de pipe Dunhill qui mette en scène le Cricket. Est-ce pour cette raison que le pipier britannique Colin Fromm s'est engouffré dans la brèche ?

On distingue en effet l'estampille de sa première marque(1) - Invicta - sur la tige qui montre le grain typique du Frêne(2). Ce point est troublant car ce sont les battes de Baseball qui sont faites à l'aide de ce bois. Les battes de Cricket quant à elles sont en Saule, une essence très claire également mais qui ne possède pas les veines régulières visibles sur les illustrations ci-contre.

Cet écart ne pourrait être justifié que par la grande disponibilité du Frêne, bois de prédilection pour fabriquer des manches d'outils. Il est aussi possible que le pipier anglais l'ait préféré au Saule pour sa dureté et sa résistance à toute épreuve.

Le dessus de la tige de cette pipe est marqué d'un énigmatique "Special for Selva" qui pourrait indiquer qu'il s'agissait d'une commande ayant donné lieu à un nombre limité d'exemplaires qui échappaient sans doute aux circuits de distribution habituels de la marque.

Je ne suis pas sûr que tous ces détails éveillent en vous un frénésie démesurée. En somme, cette pipe "Cricket" serait aussi passionnante pour le citoyen français que la pipe "Pétanque" pourrait l'être pour un sujet britannique. Elle n'est citée ici que par souci de complétude dans le chapitre des pipes "sportives".

(1) Plus d'informations sur la marque "Invicta Briars" ici

(2) Les images dans ce billet proviennent de deux pipes. Les marquages sont identiques mais le bois dont sont faites les tiges (les battes) semble être différent.

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 19:04

Roger Wallenstein (de son véritable nom : Rupert Wagner)

Une fois n'est pas coutume, ce billet est consacré à un pipier plutôt qu'à une pipe. Roger Wallenstein, c'est bien du pipier allemand dont il s'agit, tient une place à part dans le paysage des fabricants de pipes. Il dynamite la représentation habituelle et première qu'on se fait d'une pipe : un instrument (permettant de fumer du tabac). Il explose la conception plus que centenaire d'un outil réservé prioritairement à un usage. Bref, il change de paradigme. Il assujettit totalement l'outil à sa propre force créative, à son habileté et il le réduit à un support sur lequel il projette son imagination. Ce processus aboutit forcement à une pipe qui n'est plus une pipe. Entendez par là : une pipe qui ne correspond plus à l'archétype que nous en avons.

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Pipe avec bouchon obturant un perçage vertical

Pour dompter la matière et concevoir non pas en fonction de l'objet et des ses servitudes mais en fonction de son imaginaire, il faut se donner des degrés de liberté supplémentaires. La pipe ci-contre illustre son irrévérence face aux canons habituels. On s'aperçoit qu'il n'hésite pas à procéder à un second perçage vertical, obturé par un bouchon, pour arriver à ses fins.

Nous avions relevé dés Mai 2006, alors qu'il commençait à présenter sa production, le courage de cet homme à passer outre les conventions ainsi que son aspect atypique dans le paysage de la pipe contemporaine. Il ne nous a pas déçus depuis.

En tournant notre regard sur le siècle passé, il n'y a peut être qu'un seul pipier qui ait osé emprunter un chemin similaire : Preben Holm avait, lui aussi, en son temps tenté de travailler la bruyère en s'affranchissant des formes cylindriques, en évitant rondeurs et ovalités sempiternelles, en pliant la matière à son inspiration. Mais le pipier danois en est resté là.

Exemples de pipes de Preben Holm (Danemark)

Malgré la difficulté de la comparaison, il semble que l'expression de sa liberté est bien plus forte chez Roger Wallenstein parce qu'elle est épaulée d'une curiosité et d'une recherche à la fois constante et omnidirectionnelle.

Une recherche constante

A peine a-t-il mis en scène une nouvelle idée sur une pipe qu'il gambade déjà vers de nouveaux horizons, dégagé de tout a priori. Un exemple : En 2006 on voit fleurir dans l'atelier de Walle (c'est son surnom, prononcez "valeu") des pipes avec des extensions en matière synthétique aux couleurs pétantes qui tranchent radicalement sur les camaïeux bruns de la Bruyère. Quelques mois passent et plus rien de cela. L'homme explore déjà d'autres filons. Quand on y songe, l'allonge au tuyau d'une pipe en bambou n'est pas plus innovante que cela et une pléthore de pipiers continue aujourd'hui à produire et reproduire ce type de pipes. N'allez pas croire que je veuille décrier l'usage du bambou sur les pipes : il peut être du plus bel effet. Ce que j'essaye de souligner c'est la différence entre celui qui tire inlassablement profit d'un "truc", surtout s'il l'a inventé, et celui qui invente, réalise son invention puis passe à autre chose, mu par un esprit sans cesse en mouvement. Le premier reproduit, le second construit. Le premier est un artisan, le second un artiste. Notre Roger est de la seconde catégorie.

Une recherche omnidirectionnelle

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Pipe à méandres

On vient de citer sa recherche de nouveaux matériaux. Par ailleurs, est-il nécessaire de souligner sa progression dans l'étude de nouvelles formes ? Les noms dont on affuble traditionnellement les silhouettes des pipes n'ont plus de sens à la vue des pipes du créateur allemand.

Si, il y a quelques années, on pouvait encore reconnaitre dans sa production des formes cavaliers, des blowfish ou de vagues bulldogs, aujourd'hui il est obligé de trouver lui même des noms pour les formes qui émergent de son imagination tant leurs rapports avec l'existant est ... inexistant. (Bucherboy, Longford, Dromoland).

Une autre direction de son travail consiste à trouver de nouvelles finitions (la manière de traiter la surface du bois). Dans ce domaine il est à l'origine d'un procédé qui n'a pas vu son pareil depuis le "Golden Contrast" de Tom Eltang. Il s'agit d'une méthode non divulguée et qui lui permet de donner à la bruyère l'aspect de "bois flotté" (Driftwood) avec des effets de surface caractéristiques des branches trouvées en bord de mer ou de rivière.

Finition bois flotté (Driftwood)

C'est alors un engrenage sans fin, car pour approcher la couleur très claire de ces bois il met au point de nouvelles teintures : des "gris de pierre" ou des "chinés de rouille".

Exemples de teintures

Ensuite il applique cette finition à d'autres essences de bois : Le citronnier ou l'olivier.


Pipe en bois d'Eucalyptus

Puis, cela lui donne l'idée d'explorer la réalisation de pipes en bois exotiques comme cette pipe en Jarrah-Wood australien ((Eucalyptus marginata).

Ce foisonnement ne se limite pas au travail du bois. Il revisite le lieu très délicat du contact entre la pipe et la bouche du fumeur : la lentille.

Trouver des pipiers qui ont leur nom attaché à une innovation ou à une spécialité me parait aisé : outre Tom Eltang et son "Golden Contrast", on peut citer Lars Ivarsson et sa forme "Blowfish", Brakner et la "Micro-rustication", Anne Julie et ses "Pipes-jambe" sans parler des superbes sablages de James Cooke. Mais essayez de dénicher un pipier dont les innovations radicales recouvrent quasiment tous les aspects de la conception d'une pipe ! Vous pouvez chercher, vous n'en trouverez qu'un.

Liberté

En tant qu'avocat, ce pipier possède des revenus réguliers qui le mettent à l'abri de toute concession par rapport au marché et aux goûts supposés des acheteurs. Il ne réalise pas des pipes qui pourraient plaire, il avance libre en ne se laissant guider que par ses propres passions.

S'il était quelque ballot qui, en lisant ces lignes et en regardant ces images, aurait eu l'initiative malheureuse de dire ou de penser "je n'aime pas", de se poser la question "combien ça coute ?", de s'interroger sur la perfection technique de ces objets, ou encore d'argumenter de son désir de fumer une pipe et non une sculpture, il m'est avis que ce garçon-là est passé à coté de l'essentiel : la démarche, rien que la démarche. Celle d'un homme qui tente de soumettre la matière aux exigences de ses idées ou de ses fantasmes, indépendamment de l'approbation ou du dénigrement d'autrui.

A ce propos on peut constater que, plus que nul autre, Roger Wallenstein est l'objet de prises de position parfois tranchées voire violentes des fumeurs de pipe ou de pairs. Cela est plutôt bon signe. Ceux qui ont pris le temps de se décentrer et de rentrer dans son univers ne sont pas foule. Parmi ces derniers, et pour ne retenir l'opinion que d'un de ses compatriotes, citons ce qu'en dit le grand Rainer Barbi en s'adressant directement à Walle.

"Deine Interpretation und Ausführung sprengt alle Gleise des bis dato existierenden Bewusstseins von traditionell befundenem Rauchgerät. Hier wird der Gebrauch ad absurdum geführt. Nur noch der Geist, die Seele, die Kraft des Machers diktiert die Bedingungen."

Traduction : "Ton interprétation et ta réalisation fait sauter tous les rails de la connaissance qu'on a actuellement des outils de fumage traditionnels. On y traite l'usage par l'absurde. Seul l'esprit, l'âme et la force du pipier dictent encore les conditions."

La série "Jolly Roger" de Wallenstein ici.

Autres pipes de Roger Wallenstein sur ce site :
Wallenstein, Bitoniot

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 13:28

France L'article a déménagé. Il se trouve ici.

Les pipes inclassables sont dorénavant accessibles ici. Merci de mettre vos signets à jour !

United Kingdom The article has moved. You'll find it here.

All the unclassifiable pipes are now accessible here. Thanks for updating your bookmarks !

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 12:05
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Série : Les pipes de poche

Il suffit parfois de très peu de choses pour modifier l'esprit d'une pipe. Un petit détail peu faire basculer une pipe aux formes très orthodoxes dans le monde des loufoqueries dignes de ces colonnes. Le très sérieux et compétent artisan italien Paolo Becker(1) a la réputation de réaliser des pipes aux formes néo-classiques avec une propension à les doter soit de pencil-shank, soit de military mount. Dans le premier cas s'agit de tiges plutôt fines qui confèrent toujours une certaine élégance à la pipe. Mais la pipe de 2005 qui nous intéresse ici relève de la seconde catégorie.

Military mount (assemblage militaire) : le tuyau se fiche dans la partie en bois selon un assemblage consolidé par une bague et démontable très facilement. Cela remonte à l'époque mouvementée des guerres de tranchées où il valait mieux que le poilu puisse désassembler aisément sa bouffarde pour éviter de la casser.

Mais Paolo Becker pousse la logique de l'assemblage militaire jusqu'au bout. En toute rigueur, il nous propose outre le démontage, un rangement intégré.

C'est aussi simple que l'œuf de Colomb et la pipe devient véritablement une pipe de poche.

On observera en particulier la manière dont la courbure du tuyau épouse exactement celle de la tête de la pipe pour arriver à un objet compact. Mais puisque cette pipe est destinée à voyager dans la poche de son propriétaire il fallait la doter de volumes en rapport avec cette compacité. Cohérent jusqu'au bout, Paolo imagine donc cette pipe avec une tête ovale.

Trop de fabricants de pipes ont benoitement cédé à la tentation de prolonger cette forme ovoïde à la géométrie du foyer proprement dit. Une chambre de combustion non circulaire devient un réel souci(2) le jour où le dépôt de carbone sur ses parois rend un grattage nécessaire. Les outils (reamer, hérisson ...) pour procéder à cette opération sur un foyer elliptique sont absolument inopérants et, à l'évidence, Paolo ne tombe pas dans ce piège avec cette pipe marquée de 4 trèfles(3) : son foyer reste circulaire.

En somme, il est étonnant de ne pas trouver plus de pipes ou plus d'artisans qui adoptent la démarche du rangement du tuyau pour les pipes à montage militaire alors que la réalisation de la petite anse sous la bague n'est vraiment pas un investissement en temps particulièrement dissuasif.

(1) Le marquage des pipes Becker

(2) Voir aussi "Les ovales de Longchamp"

(3) Les trèfles, pics, carreaux et cœurs chez Paolo Becker

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 21:53
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Série : Pipes à insert

William John Ashton-Taylor a 15 ans en 1959 quand il entre en apprentissage chez Dunhill. La trajectoire professionnelle de ce jeune garçon sera celle d'un bosseur intelligent, né à la bonne époque. Les trente glorieuses sont aussi l'âge d'or de la pipe. Chargé au départ d'aller acheter une boite de tabac pour le contremaître ou de faire le thé pour le break des ouvriers, le jeune Bill n'avait pas les yeux dans ses poches et apprenait vite. Il ramenait des ébauchons chez lui pour se faire la main et acquis rapidement l'estime de ses patrons. Après avoir gravi tous les échelons dans l'atelier londonien il décide de fonder sa propre marque au début des années 1980. Durant les trente années qui suivirent, les pipes Ashton sont devenues une marque incontournable du classicisme britannique.


James Craig de Ashton Pipes

Bill casse sa pipe le 16 septembre 2009. Mais la marque Ashton lui survit et les pipes de ce label sont produites aujourd'hui par James Craig (Jimmy) selon les méthodes mises au point par le maître. C'est Bill lui même qui a désigné ce compère de longue date comme son digne successeur.

Il est toujours passionnant d'observer comment l'héritier d'une grande marque se l'approprie et la fait évoluer. L'occasion m'en est fournie par une pièce unique que James Craig a réalisée récemment (2010). Une pipe à insert présentée dans un solide coffret pourrait être un bon indicateur de ses intensions futures.

Coffret Ashton Calabash

Ashton Calabash avec trois inserts

Première constatation : forme et finition de la pipe restent archi-classiques. C'est une Calabash sablée. Son sablage, comme c'est souvent le cas des pipes anglaises, reste relativement superficiel.

En revanche, proposer une pipe avec trois inserts interchangeables est très rare. Il me semble que sur ce point, la démarche de Jimmy Craig est tout à fait originale. Il respecte la tradition Ashton mais il innove en la déclinant sur un thème quelque peu oublié : Kaywoodie proposait dans les années 1960 un coffret pour recevoir sa série "Twin Bowl". La pipe américaine en écume de mer ou en bruyère était accompagnée de deux inserts interchangeables en écume.

Jimmy Craig propose un insert sablé, ...un insert lisse ...

Insert en écume de mer

Et enfin un insert en écume de mer décoré discrètement de quelques motifs floraux.

Proposer une pièce unique ressemble à essai. Cette singularité pourrait être interprétée comme une expérience à travers laquelle le compagnon de Bill Ashton tente d'affirmer son style personnel tout en respectant la lourde succession qui lui a été confiée. On ne sera surement pas étonné de voir fleurir en marge des néo-Ashton une production plus particulièrement marquée de l'esprit de Jimmy.

Les marquages de la pipe restent - pour l'instant - ceux qu'on a toujours connus sur les pipes "Ashton".


Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(XXX) Ashton
Pebble Grain
Made in England
210
  Long : 16,5 cm
Ø int. foyer : 1,9 cm
Poids : 70 g
 
502,00 €
(non fumée)

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 00:07

Tout fumeur de pipe a tôt ou tard eu l'occasion de croiser la marque Dunhill et s'il s'est tant soit peu intéressé à leurs pipes d'avant-guerre il a pu noter que certains modèles de la marque londonienne étaient pourvus de l'Inner Tube (le tube intérieur). De quoi s'agit-il ? C'est ni plus ni moins qu'un simple tube en aluminium qui court du tuyau au foyer.

Malgré son indigence technique ce petit accessoire a néanmoins fait l'objet de huit dépôts de brevets répartis sur quatre pays(1) sur une période d'une vingtaine d'années (1912-1934). Ils ont tout de même trouvé moyen d'en déposer trois modèles différents ce qui est un tour de force incroyable eu égard à la réelle utilité du dispositif.

Extrait du brevet. Document original datant du 9 Mars 1915

L'objectif déclaré était de simplifier (sic) le nettoyage de la pipe et d'empêcher éventuellement une "pollution" du bois de la tige par les goudrons issus de la combustion. Discutable. Sachant qu'un assortiment de tubes, présenté en sachets de six, étaient disponibles à la vente et qu'on conseillait de changer de tube de temps en temps, il n'est pas interdit de penser qu'il s'agissait là d'une simple opération de marketing.

Malgré le génie commercial d'Alfred Dunhill, il s'est trouvé des personnes à contourner le fabricant anglais. Si le Inner Tube était largement et solidement barricadé derrière ses brevets cela n'a pas empêché l'imagination de petits malicieux à vagabonder : et si on concevait un "Tube extérieur" (Outer Tube) ? Des gens comme vous et moi ne se poseraient même pas la question tant elle semble absurde.

Qu'à cela ne tienne ! Il s'en trouve toujours un pour tenter le coup.

Outer Tube : vue générale du dispositif

Cette incroyable dérivation du conduit de fumée ne peut pas fonctionner si l'ancien reste en l'état. En suivant une logique implacable, notre génial inventeur obstrue le perçage dans le bois, et cela se passe ainsi :

Bouchon métallique fermant le perçage originel.

Notre homme a pensé à tout. Le nettoyage du système étant primordial, le Outer Tube doit permettre le passage d'une chenillette. Il est donc hors de question qu'il soit scellé au dessus de la bifurcation. Il a préféré la visse au bouchon. Le fumeur de pipe est un bidouilleur, un traficoteur de première et voilà un machin supplémentaire à démonter. Il va adorer.

La visse ne sert pas à un quelconque réglage, elle ferme le tube.

Détail du tuyau personnalisé

Le perçage de la tête pour y adapter notre Outer Tube n'était sans doute pas évident. Mais il l'a réalisé avec précision. Le trou arrive exactement à l'endroit où celui qui traverse la tige débouche dans le foyer.

Pour faire ce pied de nez à Dunhill, l'inventeur du prototype a pris soin de choisir une pipe de bas de gamme. Aurait-il dû pousser son expérience jusqu'à jeter son dévolu sur une pipe de la célèbre marque ? En bricoleur consciencieux il aurait alors retouché l'estampille et remplacé "Inner" par "Outer".

(1) Des brevets Inner Tuber ont été déposés pour l'Angleterre, les USA, le Canada et la France

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Published by pipephil - dans Autres pipes
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