Bonjour

Jeudi 11 août 2011 4 11 /08 /Août /2011 15:02

Il n'est pas étonnant qu'un pipier allemand se soit attaché à réaliser une pipe postillon car outre-Rhin l'image du Posthorn fait partie du quotidien. L'instrument, quoique très stylisé, y est resté le symbole de la poste jusque sur la boite à lettre de Peter, Paul ou Jakob. Quand un Allemand acquiert une résidence sur le territoire français il n'est pas rare de le voir afficher promptement sa germanitude sur la voie publique par une boite décorée de l'icône  .

Est-il étonnant qu'un emblème qui a accompagné un peuple depuis 1490 participe à ce point à l'identité nationale ?

L'attachement au symbole est tel qu'il s'exprime parfois sur des supports aussi inattendus que représentatifs d'une Allemagne fantasmée sur la rive ouest du Rhin.


Une factrice blonde ...

Le coucou ...

 


La bière

Axel Reichert, artisan pipier à Merzig (Saarland), participe de la tradition du cor de postillon à sa façon. Mais il se démarque nettement des autres réalisations dans ce domaine en matière de pipes.

Pour un artisan internationalement reconnu il n'est pas question de verser dans les courbures simplettes de tuyau. Par ailleurs, la technique du perçage courbe, très couteuse en temps, serait peut être incompatible avec une gestion rigoureuse de sa production. Quant aux extravagances dont a fait preuve le pipier italien Radice, elles sont assez éloignées de la recherche d'une robustesse germanique.

Il fallait donc trouver une autre voie.

 

Ici on suggère plutôt que de verser dans les perçages complexes.

Suggestion, illusion, faux semblant ? Certains pourraient même crier au scandale voire à la tricherie !

Le perçage de cette pipe est droit et il faut la prendre comme telle.

Néanmoins mon objection ne porterait pas sur le contournement de l'obstacle technique mais plutôt sur la cohérence du projet.

Puisque l'objectif était de toute évidence de donner l'impression d'un looping, pourquoi avoir rétréci ou aplati la boucle au point de créer un goulot d'étranglement qui détruit d'emblée dans notre imaginaire l'éventualité d'un passage de la fumée par le méandre ?

Spielverderber !

Autre article autour d'une pipe d'Axel Reichert :
Le platane et les galants


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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 19:27

Augmenter le chemin parcouru par la fumée est sensé la rafraîchir et procurer un plaisir accru au fumeur de pipe. On est prêt à tout pour arriver à ce surplus de plaisir, on va même jusqu'à opérer à cœur ouvert.

Pipe postillon avec son pontage
Cliquer pour agrandir


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La pipe de la marque italienne Radice exhibe fièrement le résultat d'un pontage très réussi. La technique est très semblable à celle que la chirurgie cardiaque met en œuvre quotidiennement. On ouvre le thorax, on dégage l'organe et on pratique une dérivation sur une artère cardiaque.

La différence réside simplement dans le matériau de dérivation et surtout dans l'importance de la forme du nouveau conduit de fumée.

Enroulement du conduit de fumée

Le looping de ce tube en acrylique est caractéristique des pipes postillon. Radice en réalise ici une version contemporaine particulièrement astucieuse. On abandonne l'idée un peu facile de courber le tuyau. On exclue celle d'une allonge en bois qui demande des prouesses techniques disproportionnées. On choisit une pipe d'une gamme existante et on incise.

Pipe postillon Radice du point de vue du fumeur

Le résultat est convaincant eu égard au petit encombrement de la pipe par rapport au gain en parcours de la fumée. La pipe garde sa longueur initiale et le trajet de la fumée est augmenté d'une demi-douzaine de centimètres. Du point de vue arithmétique, cette solution est de loin supérieure aux deux autres types de pipes postillon. Sans compter que cela permet de remettre dans le circuit une pipe dont la tige s'avèrerait défectueuse sous l'outil de l'artisan.

Mais peut-on gagner de manière aussi éhontée sans en payer le prix ?

Détail de l'enroulement

Cela fait froid dans le dos, n'est ce pas ? Que tous ceux qui ont la fâcheuse habitude de taper leur pipe pour la vider détournent leur regard, tournent la page ou aillent se faire un petit café.

La fragilité qui se dégage de cette composition possède les qualités de ses défauts. Cette vulnérabilité émeut, la confiance que met le pipier dans la solidité du bois de bruyère force l'admiration. Celui qui possèderait une telle pipe ne pourrait être qu'une personne à la fois douce et capable de prendre des risques.

Pipe postillon dans son coffret

Comment devant tant d'avantages et face à une telle témérité pourrait-il encore se trouver un lecteur à poser la question qui fâche : "Et qu'en est-il du nettoyage ?"


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