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Parmi toutes les manières à doter une pipe d'un couvercle il est un dispositif qui mérite une attention toute particulière. On y abandonne l'idée de soulever un couvercle au profit d'un dégagement latéral.
La Gale en version "Canadienne"
Ce système à fait la notoriété de la série Gale* chez Kaywoodie qui l'a produite entre 1938 et 1942. Malgré les cinq petites années durant lesquelles l'usine de New Jersey a fabriqué la Gale, cette pipe a conservé jusqu'à nos jours une solide réputation aussi bien pour les collectionneurs (qui la chassent sauvagement) que pour des fumeurs qui cherchent une pipe robuste à sortir par gros temps.
La série Gale de Kaywoodie est à ma connaissance la première pipe dotée d'un couvercle intégré de ce type.
L'intégration ne nécessitait pas d'intervention particulière sur la tête de pipe sinon le respect du diamètre et l'usinage de l'emboitement pour assurer la continuité entre bois et métal dans le haut du fourneau.
Cette invention a été reprise de façon remarquable par la marque italienne Brebbia après la guerre.
Mais cette fois-ci l'effort d'intégration réclame une intervention majeure sur le foyer : il est incisé dans la moitié de sa circonférence pour laisser place au couvercle qui pivote autour d'un tenon métallique fiché verticalement dans l'épaisseur du foyer. C'est simple et fonctionnel.
En revanche, est ce parce que le haut du foyer serait fragilisé par l'incision qu'on aurait jugé nécessaire de le cercler à l'intérieur et à l'extérieur avec deux bandes en argent ? Ou cet ajout a t-il été décidé à des fins esthétiques ?
On notera pour finir que ce système de couvercle a fait l'objet d'un accessoire amovible (ci-dessous) qui permet de couvrir n'importe quelle pipe.
Mais dans ce cas le charme n'opère plus du tout.
* Gale (anglais) signifie tempête, vent violent.
Il n'est pas étonnant qu'un pipier allemand se soit attaché à réaliser une pipe postillon car outre-Rhin l'image du Posthorn fait partie du quotidien. L'instrument, quoique très stylisé,
y est resté le symbole de la poste jusque sur la boite à lettre de Peter, Paul ou Jakob. Quand un Allemand acquiert une résidence sur le territoire français il n'est
pas rare de le voir afficher promptement sa germanitude sur la voie publique par une boite décorée de l'icône
.
Est-il étonnant qu'un emblème qui a accompagné un peuple depuis 1490 participe à ce point à l'identité nationale ?
L'attachement au symbole est tel qu'il s'exprime parfois sur des supports aussi inattendus que représentatifs d'une Allemagne fantasmée sur la rive ouest du Rhin.
Axel Reichert, artisan pipier à Merzig (Saarland), participe de la tradition du cor de postillon à sa façon. Mais il se démarque nettement des autres réalisations dans ce domaine en matière de pipes.
Pour un artisan internationalement reconnu il n'est pas question de verser dans les courbures simplettes de tuyau. Par ailleurs, la technique du perçage courbe, très couteuse en temps, serait peut être incompatible avec une gestion rigoureuse de sa production. Quant aux extravagances dont a fait preuve le pipier italien Radice, elles sont assez éloignées de la recherche d'une robustesse germanique.
Il fallait donc trouver une autre voie.
Ici on suggère plutôt que de verser dans les perçages complexes.
Suggestion, illusion, faux semblant ? Certains pourraient même crier au scandale voire à la tricherie !
Le perçage de cette pipe est droit et il faut la prendre comme telle.
Néanmoins mon objection ne porterait pas sur le contournement de l'obstacle technique mais plutôt sur la cohérence du projet.
Puisque l'objectif était de toute évidence de donner l'impression d'un looping, pourquoi avoir rétréci ou aplati la boucle au point de créer un goulot d'étranglement qui détruit d'emblée dans notre imaginaire l'éventualité d'un passage de la fumée par le méandre ?
Spielverderber !
Autre article autour d'une pipe d'Axel Reichert :
Le platane et les galants